[Critique] Trois souvenirs de ma jeunesse réalisé par Arnaud Desplechin

 

Trois-Souvenirs-De-Ma-Jeunesse

Trois Souvenirs de ma Jeunesse
d’Arnaud Desplechin.

Un film poétique. Un film français. Trois souvenirs passionnants.

Paul Dédalus, anthropologue, rentre en France, après de longues années passées à travers le monde. Il se fait arrêter à la douane. Pourquoi ? Puisqu’officiellement, il est déclaré mort. S’en suit un entretien avec un membre de la DGSE. Quelle est son histoire ? Il nous la contera en trois épisodes.

D’abord son enfance, morose puisque volée par une mère atteinte de folie. Puis son adolescence, résumée en un voyage : la visite de la Russie – et son acte de bravoure qui lui coûte une identité, la sienne. Et le troisième et plus long épisode ; celui de la fin de l’adolescence, du début de l’âge adulte mais surtout de son histoire d’amour passionnelle avec Esther.

Paul Dédalus, adulte, est joué par Mathieu Amalric. On le voit rarement mais lorsqu’il apparaît il envahit l’écran, en entier. Sa présence est sincère, habitée, comme d’habitude. Jeune, il est interprété par Quentin Dolmaire, un jeune homme de 21 ans, étudiant au Cours Simon. Esther, elle, vit à travers les traits de Lou Roy-Lecollinet, 18 ans et lycéenne belle à en faire crever Paul. Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet sont irrésistibles.

Ils jouent des personnages que l’on déteste d’adoration. Il est vrai que Paul, ses airs pédants et Esther, ses airs arrogants, pourraient être à premier abord – quasi – insupportables. Et puis la magie opère. Paul apparaît telle une sorte de Jean-Pierre Léaud, il adopte un comportement désinvolte, nonchalant; accepte ses envolées d’amour, de colère, qu’il rend irrésistiblement lyriques.

Esther est la fille parfaite, au premier regard, elle est belle et le sait. Pire, en joue. En sur-joue. En abuse. Et on découvre ensuite une jeune fille rongée par l’amour qu’elle éprouve pour Paul.

Tout deux ont une façon de s’aimer particulière, ils s’aiment, s’adorent, ne peuvent vivre sans l’autre, se trompent, se déchirent, puis se font l’amour, s’embrassent, se jurent de s’aimer.

Une succession de mots pour tenter de décrire les maux de ces deux adolescents tourmentés, puisqu’en proie à la terrible souffrance qu’est l’amour passionnel.

Arnaud Desplechin filme avec sincérité, poésie, émotion une escalade de sentiments incompris.

Une histoire d’amour, en somme, hors du temps.

Clémence Pouletty

Ardoise

Publicités